dimanche 17 octobre 2010

All the Art That's Fit to Print - J.Kraus


All the Art That's Fit to Print (And Some That Wasn't): Inside The New York Times Op-Ed Page, Jerelle Kraus (Foreword by Ralph Steadman), Colombia University Press, 2009.

" "It was important for us to develop an arresting visual world of our own", says Op-Ed's first art director, Lou Silverstein. Searching for ideas, "I grabbed two editors", he recalls, "and we spent a couple hours looking at illustrations in the public library." Then Silverstein sent seven top designers a list of the day's main issues, requesting that they make drawings. "These guys didn't need the extra money," Silverstein comments, "yet they could express themselves publicly on their burning issues. I spent a lot of time working with them, but it was a dead end. I got enough banal responses to realise designers weren't the key. You have to have a direction, a focus. Not everybody has something to say."
The Op-Ed page began publishing before establishing a fresh visual identity.
(...)
Before long, though, Op-Ed showcased a potent drawing by Ralph Steadman that Silverstein had seen in the artist's London apartment. Steadman would be good, Silverstein thought, because "he's an angry artist who focuses his anger."
(...)
After Silverstein got things going, he put staff art director Bob Melson in charge. During Op-Ed's first year, however, strong illustrations only occasionally showed up among lackluster spots and shots from the 'morgue', the Times's photograph archive. Melson held the helm until Memorial Day 1971.
Enter alpha male Jean-Claude Suarès, a wheeler-dealer who answers to "J.-C.". "Wearing a suit and hair down to my shoulders," he says, "I went for an interview at the Times. They were looking fro somebody to find art for Op-Ed." The paper eventually hired him as a freelance art editor. "But when I showed them images," Suarès recalls, "They'd say, 'That's great, but it's too crazy. We can't run it." Op-Ed didn't print a thing he showed them for seven months.
"I realized it was a joke," says Suarès. Then, one day in 1971, an article compared living in New York to living on the moon. It made Suarès think of "a perfect Topor drawing of a guy hanging from the moon. I had it made into a cut [lead engraving] and sent to the composing room. Then the mucky-mucks came down and said exactly what drove me nuts. 'I'm worried'. Whenever they said that, I saw red."
The editors replaced Topor's drawing with a photo of New York. Suarès thought that he was finished at the Times and had nothing to lose. "So I left," he recounts, "and took the Topor cut with me. I returned to the composing room just before closing. The mucky-mucks were gone. I told a printer, 'They changed their minds.' 'You sure?' 'Yes.' So the printer put the photo on the floor and Topor's drawing in the page." Suarès smashed the lead engraving of the photo whith his boot heel to ensure that it couldn't be used and then got a proof of the finished page.
"I knew my Times career was over," says Suarès. "I returned to my office and cleaned out my desk. I planned to see a movie the next day but I got an early call to come in." He went to see Silverstein who told him, "I can't believe how stupid you are! What made you think we'd ever run a drawing like this?"
"I thought that was what I was hired for," replied Suarès. Then Silverstein's phone rang. Editor Harrison Salisbury wanted to see Suarès. "So," Suarès relates, "I got up to Harrison, who's talking to the publisher. The publisher's telling him it's a great page. I don't speak. I never spoke to Silverstein again. I took over. And the page became what it was supposed to be -a place for the most committed political artists to show their work and feel in good company." "
p15-16


Quelques images : A.Siegel ; M.Arisman ; J.Vlahovic


[Pour voir l'image de Topor en question, je vous invite à faire un effort d'acquisition ou de déplacement jusqu'à une bibliothèque pour consulter physiquement le livre]

A voir : vidéo du NY Times pour les 40 ans de la page Op-Ed

dimanche 10 octobre 2010

Dans ces bras-là - C.Laurens


Dans ces bras-là, Camille Laurens, Folio Gallimard, 2005. [P.O.L., 2000]

"Il y a l'homme - les hommes. Elle cherche, pour les comprendre, à voir ce qui les différencie des femmes. Mais le secret échappe. Elle cherche ce qui fait d'eux des hommes, elle tourne autour de ce point : il font des choses qu'aucune femme ne fait, ou il le font différemment d'une femme. Mais elle se désole de ne pas parvenir à dépasser ce lieu commun : leur violence, la brutalité de leur façon d'être au monde, leur passion de dominer - sinon en le conjuguant à ce qui semble faussement son contraire : l'enfance en eux, fragile, attardée, immense, qui est peut-être le vrai noeud de leur sauvagerie - et quelquefois elle se réjouit de n'avoir pas de fils, parce qu'en parcourant l'espace qui sépare la rage de vaincre du désarroi enfantin pour y trouver ce point d'équilibre où se tiendrait l'homme idéal, cet acrobate, elle est bien obligée de l'admettre, malgré son amour : quand il lui arrive d'apercevoir non loin ce point flottant - harmonie funambule entre la force et la faiblesse - et d'y rencontrer quelqu'un, c'est toujours une femme."
p.256

dimanche 3 octobre 2010

Home Sweet Home - AM von Sarosdy



Home Sweet Home, Anne-Marie von Sarosdy, éd. teNeues, 2009.
(le véritable titre de cette série de photographies est "Heimat", ou "Terre natale")


"Everything men instinctively yearn for,
love, unity and stability
,
an aim and meaning in life,
is fulfilled by one's home."

Site dédié à la série "Heimat" par Anne-Marie von Sarosdy

dimanche 26 septembre 2010

L'Art Tangent - O.Darbelley & M.Jacquelin


L'Art Tangent, Odile Darbelley & Michel Jacquelin, sous la direction de Claire David, éd. Actes Sud, 2007.

"B.T. [Benjamin Tardillon] : Vous pensez qu'il faut déconnecter le plaisir de la collection du plaisir de posséder ?
E.R. [Emmanuel Rath] : Absolument, dans toute collection c'est la part de virtuel qu'il faut développer. Je réfléchis à une collection au carré : je collectionne un objet de chaque collection (un timbre, une poupée, une étiquette de vin, une montre, un Picasso, etc.). En somme, collectionner des idées de collection.
B.T. : C'est sans fin ?
E.R. : Oui, c'est sans fin, mais tant que c'est dans la tête, cela ne dérange pas trop... Quand j'étais adolescent, un de mes amis, Jean-Jacques Lebeau, avait entrepris de récolter au hasard de ses promenades, sur les réverbères, sur les murs ou les balustrades, les panneaux 'peinture fraîche'. Tout un pan de sa chambre en était recouvert. Il en avait une belle quantité ; ils pouvaient être offerts par des grandes marques ou manuscrits, écrits hâtivement, maculés de traces de couleur ou d'adhésifs. Il me racontait d'où venait telle ou telle nouvelle pièce et nous imaginions en silence les suites de son geste. Nous ne parlions pas vraiment de conséquences. Jean-Jacques Lebeau n'était jamais lourd. L'évocation d'un banc du square nous suffisait. En partant, je me souviens aussi que je me débrouillais toujours pour ne pas effleurer la peinture noire de la porte de sa chambre. Un panneau 'peinture fraîche', c'est comme un escalier roulant arrêté, cela crée toujours un trouble.
B.T. : Comment commence une collection ?
E.R. : Par un bout, par plaisir, dans l'idée, dans la projection dans le futur : commencer, c'est décider d'ordonner différemment sa perception du monde. Derrière toute collection, il y a une volonté et au moins une personne."

p.92-93

Pour positionner un peu :
"L’Art Tangent est tangible
On n’attend rien de l’Art Tangent et réciproquement.
L’art contemporain glisse en ligne droite depuis Marcel, l’Art Tangent ondule depuis Duchamp Duchamp comme la réglisse.
La perspective de l’Art Tangent est devant lui quand il se retourne.
L’Art Tangent n’est ni moderne, ni post-moderne, il est ailleurs.
L’Art tangent c’est la cerise sans le gâteau.
L’Art Tangent est à l’art contemporain ce que la pression est à la bière.
L’Art Tangent prend la voie du doute, de ce doute, que faute de mieux, nous appelons l’humour.
L’Art Tangent est uchronique mais il se soigne.
L’inutilité immédiate de l’art Tangent est exactement proportionnelle à la portée de sa trajectoire."
Le groupe Albert Pophtegme, extrait du Manifeste contre toute forme de reconnaissance de l’Art Tangent

dimanche 19 septembre 2010

L'Enchanteur - R.Barjavel


L'Enchanteur, René Barjavel, Folio Gallimard, 2005. [Denoël, 1984]

"Nous ne pouvons pas imaginer comment il était assis sur son pommier. Non pas sur une branche, mais sur le pommier lui-même en son entier. C'était un pommier de taille normale, et Merlin se présentait sous les proportions normales d'un être humain. Il était pourtant assis sur le pommier, et bien à la portée de la voix et des regards de ceux qui s'adressaient à lui, et qui n'avaient pas besoin, pour ce faire, de crier ni de lever la tête. Il nous faut donc faire comme eux, admettre le fait sans nous préoccuper du comment : il était assis sur son pommier... Eux ne se disaient pas que ce qu'ils voyaient était impossible : c'était possible puisqu'ils le voyaient... Et ils ne s'étonnaient pas non plus de voir Merlin mordre toujours dans la même pomme, craquante et juteuse, dont n'aurait dû rester depuis longtemps que la queue. On ne s'étonnait de rien devant l'Enchanteur : tout lui était naturel. Et on n'éprouvait ni fâcherie ni dépit si tout à coup il disparaissait : on savait qu'il était parti s'occuper de la Table Ronde, ou secourir quelqu'un qui n'avait pas eu la force de venir à lui et dont il avait entendu l'appel, même s'il n'avait pas été appelé. On s'asseyait sur la mousse en attendant son retour, et on cassait la croûte. Il y avait des pommes pour tout le monde."

p.177-178

dimanche 12 septembre 2010

"Ceci n'est pas de la masturbation mentale" - Terre Noire


Ceci n'est pas de la masturbation mentale, Collectif, coll. "No Present", éd. Terre Noire, 2008.

"Ce livre se constitue d’extraits de discours, critiques récupérées dans des magasines comme Art press, Beaux Arts magasine, ou au sein de brochures d’expositions, livres spécialisés, etc… Leur décontextualisation révèle ici toute l’obscenité de cette masturbation mentale.

Exemple :
La force de l'œuvre réside dans cette capacité : élargir jusqu'à la béance notre confrontation à ce que le réel recèle de plus ordinaire./Le point jaune surgit à l'horizon et s'approche des rives./ L'air de rien, les anges fécondent les vierges."


Le making of du livre

dimanche 5 septembre 2010

"La Petite Personne et la Mort (Chanson de Gestes)" - P.Rouillon


La Petite Personne et la Mort (Chanson de Gestes), Perrine Rouillon, Seuil, 2003.



"Quand je repense à chez nous (où il n'y a plus personne à présent), il me semble toujours que (...) jadis l'on savait - ou peut-être s'en doutait-on seulement - que l'on contenait sa mort comme le fruit son noyau." Rilke

Quatrième de couverture

Image issue du blog de Perrine Rouillon : la Petite Personne